Sans Filtre Backyard Ultra Koerich Prochaine course
Sans Filtre #2 · Backyard Trail Koerich · 24 octobre 2026

Le 24 octobre 2026, je prends le départ du 24H Backyard Trail de Koerich, organisé par Black Cat Runners au Gréiweschlass, le château de Koerich : une boucle d’environ 6,7 km à courir chaque heure, jusqu’à 24 fois, soit 160 km potentiels. Depuis que j’en parle autour de moi, une réaction revient sans arrêt : « donc en gros, tu cours en rond ? ». Oui. Et c’est justement pour ça que ça m’intéresse.

Article publié le 28 septembre 2026.

Depuis quelques jours, dès que j’évoque ma prochaine course, il y a une réaction qui revient presque à chaque fois. « Mais c’est quoi ton truc ? » « Tu fais une boucle et tu recommences ? » « Donc en gros… tu cours en rond ? » Et puis il y a la version qui m’a le plus fait sourire : « Ah oui… le hamster ! » Difficile de dire complètement le contraire.

Le 24 octobre, je participe au 24H Backyard Trail de Koerich, organisé par Black Cat Runners au Gréiweschlass, le château de Koerich. Le principe officiel : une boucle à courir chaque heure, jusqu’à 24 fois maximum, ce qui équivaut à 160 km. Donc oui, c’est une boucle. Mais réduire une Backyard à ça, c’est passer à côté d’une bonne partie du concept — et c’est ce que je veux détailler ici, sans filtre.

Fiche course — 24H Backyard Trail Koerich
24 octobre 2026Date
GréiweschlassKoerich
~6,7 kmPar boucle
24 maxBoucles
160 kmDistance max
2 640 mD+ cumulé max
Black Cat RunnersOrganisateur

« Moi, j’ai besoin de paysages »

Il y a une autre remarque que j’ai entendue plusieurs fois, et qui est en fait assez logique : « Moi, je ne pourrais pas. Je veux voir des paysages différents. Des montagnes, des vallées. » Je comprends parfaitement. J’aime aussi courir dans des endroits où tu lèves la tête et tu te prends un paysage dans la figure : une crête vosgienne, une vallée, un changement permanent de décor. C’est une partie du plaisir du trail, je ne vais pas prétendre le contraire.

Mais il faut quand même se poser une question honnête : au bout de 20 heures de course, est-ce qu’on regarde encore vraiment le paysage ? Parce qu’après ce genre de durée, je connais pas mal de coureurs qui commencent à avoir une relation nettement plus intime avec leurs chaussures qu’avec l’horizon. « Tiens, encore un caillou. » « Tiens, encore une racine. » « Tiens, surtout ne te tords pas la cheville maintenant. » Le panorama devient soudainement beaucoup moins prioritaire que le prochain appui.

La nuit, on ne voit plus grand-chose

Et il y a un détail qu’on oublie souvent en parlant de paysage : la nuit, on ne voit plus grand-chose. Sur 24 heures, une bonne partie de l’épreuve se déroulera dans l’obscurité. Donc l’argument « je ne pourrais pas courir toujours au même endroit parce que j’ai besoin de voir du paysage » me fait doucement sourire. Au bout d’un moment, sur n’importe quelle course de nuit — je l’ai déjà expérimenté lors de mes sorties nocturnes dans le Bambësch avant The Great Escape — le paysage se résume à un faisceau de frontale, trois mètres de sentier, quelques cailloux et deux racines. Et bizarrement, à ce moment-là, les montagnes deviennent nettement moins urgentes.

Mais alors, pourquoi faire une Backyard ?

Et c’est peut-être justement ça qui m’intéresse. Une Backyard retire une bonne partie de ce qui rend habituellement une course séduisante : pas de nouveau paysage à chaque kilomètre, pas de sommet mythique à atteindre, pas de ligne d’arrivée fixée à 50, 100 ou 200 km. Juste une boucle. Encore une fois. Et encore une fois.

Du coup, il reste quoi ? Le coureur. Rien d’autre.

La boucle est toujours la même. Mais toi, tu changes à chaque tour.

Et c’est probablement ce qui m’attire le plus dans ce format. Quand le parcours devient connu par cœur, on ne peut plus se cacher derrière le paysage. On doit gérer son corps, son allure, son alimentation, son hydratation, son matériel, ses pieds, son sommeil, sa récupération — et surtout sa tête.

Le piège de la simplicité

Ce qui me fait sourire, c’est notre tendance, en tant que coureurs, à regarder une épreuve de l’extérieur et à la résumer en deux phrases bien senties. « Tu cours 6,7 km. Tu reviens. Tu recommences. » Facile. Sauf qu’une épreuve d’endurance n’est jamais seulement ce qui est écrit sur le profil du parcours. 160 km, ce n’est pas seulement 160 km. C’est :

  • 160 km de décisions à prendre en continu ;
  • des heures d’alimentation à gérer sans jamais laisser la faim s’installer ;
  • des heures d’hydratation, avec le risque d’hyponatrémie si on gère mal le sodium ;
  • la gestion des douleurs qui apparaissent, disparaissent, et reviennent ;
  • la récupération minute par minute entre deux boucles ;
  • les vêtements et les chaussures à adapter à la baisse de température nocturne ;
  • la nuit, la fatigue, la digestion, la concentration ;
  • et cette petite voix qui finit forcément par demander : « mais pourquoi je fais ça déjà ? »

Backyard classique vs backyard de Koerich : une nuance importante

Le concept mondial de la Backyard Ultra, inventé en 2011 par Gary Cantrell (« Lazarus Lake »), créateur de la Barkley Marathons, repose sur une boucle officielle de 6,706 km à courir en moins d’une heure, sans plafond de tours : la course continue jusqu’à ce qu’un seul coureur reste capable de boucler un tour seul. C’est un format à élimination pure, sans distance ni durée prédéfinie.

Et le nom n’est pas qu’une image : la toute première Backyard, Big’s Backyard Ultra, se déroule littéralement dans le jardin de Lazarus Lake, sur sa propriété de Bell Buckle, dans le Tennessee. Un jardin franchement immense, mais un jardin quand même — c’est ce détail que j’ai découvert en écoutant un épisode du podcast Safepace. Quand je dis que je vais « faire le hamster dans le jardin d’un autre », ce n’est donc pas totalement une image.

La formule du 24H Backyard Trail de Koerich fonctionne différemment. D’après les informations communiquées par l’organisation, le nombre de boucles est plafonné à 24 (soit 160 km), avec un classement basé sur le cumul des temps de tours plutôt que sur une élimination progressive. Concrètement, la question n’est plus simplement « est-ce que je peux courir 160 km ? », mais surtout : « comment je répartis mon effort et mon temps pendant 24 heures sans finir en petit tas fumant au bord de la boucle ? » Et là, la fameuse petite boucle inoffensive se transforme soudainement en véritable exercice de gestion de projet — sauf que le projet, c’est moi.

Critère Backyard Ultra classique 24H Backyard Trail Koerich
Boucle6,706 km, référence mondiale~6,7 km
Nombre de toursIllimité, jusqu’à éliminationPlafonné à 24 tours
Fin de courseDernier coureur capable de boucler seul24h écoulées ou abandon
ClassementUn seul finisher, le reste en DNFCumul des temps de tours
Distance maxAucune limite théorique160 km (24 x 6,7 km)
D+ cumuléVariable selon le site~2 640 m (110 m x 24)

Le dénivelé annoncé pour la boucle est d’environ 110 m D+. Rien d’himalayen sur le papier — mais répété 24 fois, ça donne tout de même 2 640 m D+ cumulés sur l’ensemble de la course, soit à peu près l’équivalent d’un bon trail de moyenne montagne, sauf qu’ici il tient dans une seule et même petite boucle qu’on refait indéfiniment.

Mon plan de bataille (sur le papier, en tout cas) : viser un rythme d’environ 45 minutes de course pour 15 minutes de récupération par boucle, ou 48/12 selon la fatigue. Sur le papier, ça a l’air d’un tableur Excel bien rangé. Dans la réalité, à la boucle numéro 18, ça ressemblera probablement plus à de la négociation permanente avec moi-même.

L’alimentation : le hamster doit manger

Et évidemment, il y a le ravitaillement. Parce que mon hamster va devoir manger — et pas seulement une fois. Il va falloir manger pendant des heures, tester ce qui passe, éviter ce qui ne passe plus, boire suffisamment sans tomber dans l’excès inverse, et adapter en fonction de la fatigue. Après ma défaillance au km185 de The Great Escape 200 km, j’ai appris une chose de manière assez brutale : l’estomac peut devenir un adversaire beaucoup plus sérieux que les jambes. Sur 24 heures de boucles répétées, la vigilance sur l’hydratation et le sodium sera au moins aussi importante que sur un ultra classique — j’en parle plus en détail dans mon article sur l’hyponatrémie en trail.

Petit aparté nutrition : pour cette préparation, je suis en train de tester l’Isotonique Performance de Runfinity, un pre-workout qui pourrait bien remplacer une partie de ma routine habituelle sur les boucles les plus dures. Je ne tire encore aucune conclusion — un hamster sérieux teste avant d’affirmer — mais un article dédié à ce produit arrivera dans les prochaines semaines sur le blog.

Le sommeil, ou l’art de ne pas dormir

Et puis il y a cette question merveilleuse : le sommeil. Enfin, le sommeil sur une course de 24 heures. Est-ce que je dors ? Quand ? Combien de temps ? Est-ce que 5 minutes valent mieux que 10 ? Est-ce que je perds trop de temps à me reposer ? Voilà un problème qui n’existe tout simplement pas sur un trail de deux heures — personne ne se demande s’il doit faire une sieste au 8ᵉ kilomètre d’un 10 km. Ma préparation autour du sommeil après 45 ans va servir directement ici, tout comme ce que j’ai appris sur la fatigue centrale en ultra-trail — cette fatigue qui n’est pas musculaire mais mentale, et qui risque de devenir le vrai adversaire des boucles répétitives.

« Oui mais ça reste une boucle »

Alors oui. Ça reste une boucle. Je ne vais pas essayer de prétendre le contraire. Je vais effectivement faire le hamster : 6,7 km, retour, ravito, récupération, et on repart. 24 fois si tout va bien. Mais c’est peut-être justement cette simplicité qui m’attire. Une fois qu’on a retiré tout le décor autour, il ne reste plus beaucoup de choses derrière lesquelles se cacher.

Je comprends parfaitement que ce format ne plaise pas à tout le monde. Certains aiment les montagnes, d’autres les longues descentes, certains veulent découvrir un nouveau paysage à chaque kilomètre, et d’autres sont parfaitement heureux de tourner autour d’une boucle pendant 24 heures. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de prendre du plaisir à courir. Moi, cette fois, j’ai envie d’essayer quelque chose de différent — une épreuve où le parcours est simple, mais où la gestion ne l’est pas forcément.

24 heures. 24 boucles au maximum. 160 km potentiels. Et probablement plusieurs centaines de fois la même question qui tournera en boucle dans ma tête, exactement comme mes jambes sur le sentier : « mais qu’est-ce que je suis venu faire ici ? » Rendez-vous le 24 octobre à Koerich. Le hamster va courir. Il aura juste intérêt à bien manger avant.


Questions fréquentes — Backyard Trail Koerich

Qu’est-ce qu’une Backyard Ultra ?

Une Backyard Ultra est un format de course d’endurance imaginé par Gary Cantrell (Lazarus Lake), créateur de la Barkley Marathons. Le principe : courir une boucle de 6,706 km en moins d’une heure, puis repartir sur la même boucle au début de l’heure suivante, indéfiniment. Dans le format original, la course s’arrête quand un seul coureur reste capable de boucler seul un tour.

Comment fonctionne le 24H Backyard Trail de Koerich ?

Il se déroule le samedi 24 octobre 2026 au Gréiweschlass (château de Koerich), organisé par Black Cat Runners. Les coureurs, en solo ou en équipe, effectuent une boucle chaque heure jusqu’à un maximum de 24 boucles, soit 160 km. Trois formats sont proposés, plus une course enfants.

Le format de Koerich est-il une Backyard Ultra classique à élimination ?

Pas exactement. La Backyard Ultra classique n’a pas de plafond : elle continue jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul coureur capable de boucler un tour seul. À Koerich, le nombre de boucles est plafonné à 24 et le classement se fait au cumul des temps de tours, ce qui change la nature de la course : on gère un chrono plutôt qu’on ne survit à une élimination.

Combien de kilomètres fait une boucle de Backyard Ultra ?

La distance officielle mondiale d’une boucle est de 6,706 km. Ce chiffre n’est pas arbitraire : répété 24 fois en 24 heures, il correspond exactement à 100 miles (160,9 km), la distance symbolique de référence du format créé par Lazarus Lake.

Comment se préparer à une course en boucle de 24 heures ?

La préparation porte moins sur la vitesse que sur la gestion : alimentation testée à l’entraînement, stratégie d’allure/récupération par tour (par exemple 45 minutes de course pour 15 minutes de repos), gestion du sommeil sur une nuit complète, et anticipation de la fatigue mentale liée à la répétition plutôt que de la fatigue musculaire pure.

Où s’inscrire au 24H Backyard Trail de Koerich 2026 ?

Les inscriptions se font en ligne via la plateforme Njuko, avec un lien relayé par la commune de Koerich sur sa page événement officielle. La course a lieu le 24 octobre 2026 au Gréiweschlass, rue du Château, à Koerich.

Et vous, vous feriez une Backyard ?

Boucle unique pendant 24 heures ou grand tour avec du nouveau paysage à chaque kilomètre — qu’est-ce qui vous attire le plus, et pourquoi ? Dites-le-moi en commentaire, sans filtre.

Jamais tenté Ça me tente Déjà fait une backyard Plutôt montagne

Un avis honnête vaut mieux qu’un like poli.

Sébastien — Run Nature · Luxembourg
47 ans, ancien de la Marine nationale, coureur et traileur installé au Grand-Duché. Après The Great Escape 200 km, direction le 24H Backyard Trail de Koerich. Je teste ce que je vis vraiment — pas autrement. Mon parcours complet ici.

Bonne préparation — et à bientôt sur les sentiers.
Seb — Run Nature

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IMAGE IA  faite par Google banana pour run-nature.com pour illustrer un article sur la backyard de koerich