
Parfois il y a des semaines où il faut juste partir. Pas forcément pour courir une course, pas pour battre un record, mais pour se vider la tête. J’avais besoin de ça. Alors j’ai pris ma voiture et mis le cap sur l’Alsace — les Vosges, les sommets, l’air frais. Deux nuits dehors avec un sac de 20 kg, un réchaud et une tente Decathlon. Rien de glamour, tout d’honnête.
Jonquilles sauvages (Narcissus pseudonarcissus)
Rien à voir avec un trail au Luxembourg, c’est vrai. Mais parfois les meilleures sorties sont celles qu’on ne planifie pas vraiment. Gérardmer, la Bresse, le Markstein — il y a vraiment de quoi se faire plaisir et s’entraîner sérieusement pour de futurs trails.
⛺ Nuit 1 — Aire de bivouac du Markstein (1185 m)
Arrivée tardive au Markstein. Pas le temps de faire une vraie sortie — juste 7 km en endurance fondamentale pour dégourdir les jambes après la route, autour de 6 min/km. Tellement content d’être là que j’ai complètement oublié de sortir le téléphone pour faire des photos. Inadmissible — je sais. Voici un aperçu des aires de bivouac :
Photo : lemarkstein.net — Aire de bivouac du Markstein
Altitude : 1185 m · Accès : libre et gratuit
Équipements : 3 plateformes surélevées 3×3 m · Toilettes éco-responsables
Feu : interdit (réchaud toléré) · Capacité : 9 personnes / 3 emplacements
→ Fiche officielle Visit Alsace
Les plateformes sont vraiment bien faites — du bois, surélevées, propres. On est dans un petit bosquet, à l’écart des zones fréquentées. Montage de la tente sans problème. Par contre les toilettes écologiques étaient fermées à cette heure-là. Solution universelle du bivouaqueur : on creuse un trou dans la terre et on ne laisse aucune trace. Le respect des lieux, c’est non-négociable.
Comme je savais qu’il y avait des animaux dans le coin, j’avais accroché mon sac de déchets alimentaires en hauteur dans les arbres. Pensant avoir bien calculé. Spoiler : j’avais mal calculé. Vers 4h du matin, un truc est venu fouiller — bruit pas possible. Je n’ai pas osé regarder. Le matin, verdict : tout le bazar éparpillé au sol. Les animaux sont grands en Alsace. J’ai tout ramassé et remporté proprement. La leçon est apprise.
⛰ Nuit 2 — Tête de Grouvelin (1132 m), Gérardmer
Direction Gérardmer, parking de la Mauselaine. Je voulais dormir au sommet de la Tête de Grouvelin — 1132 m. J’ai fait des boucles dans le trail 2, toujours sur le même tracé, pour arriver au sommet avec 7 km dans les jambes. Avec 20 kg sur le dos. Par 23 degrés. Plein soleil.
Vers 19h30, sommet atteint. J’attends que les derniers randonneurs redescendent. Une fois seul là-haut, je pose la tente, je prépare mon repas lyophilisé Decathlon — simple mais efficace — et j’assiste à un coucher de soleil qui vaut largement les 7 km et les 20 kg. Puis dodo.
Couché de soleil depuis le sommet de la Tête de Grouvelin — 1132 m
Distance tracé officiel : 9,84 km · D+ : 386 m · D- : 392 m
Altitude min : 860 m · Altitude sommet : 1132 m
Distance réelle avec boucles : ~7 km aller + ~7 km retour
Conditions : 23°C, plein soleil
Dans la nuit, la température est descendue à 4 ou 5 degrés. Encore une fois, mal équipé. Je me suis réveillé à 6h30 complètement gelé — les mains blanches, type phénomène de Raynaud. Un bon café chaud pour relancer la circulation, j’ai remballé tout le matériel et redescendu en faisant des boucles. La prochaine fois : un vrai sac de couchage adapté à la température. La leçon est apprise — deux fois en deux nuits.
Dormir au sommet à 1132 m avec 20 kg sur le dos après 7 km de boucles — c’est pas du trail au sens strict. Mais c’est exactement le genre d’effort qui prépare la tête autant que les jambes.
⚡ Montée sèche Gérardmer — 1 km / 300 m D+
Montée sèche sur Gérardmer
Retour sur le parking après la descente depuis Grouvelin. J’aperçois le panneau de la montée sèche de Gérardmer. Sac déposé, chaussures toujours aux pieds, et me voilà parti. Une montée sèche — c’est 1 km de course pour 300 m de dénivelé positif. Dans les Alpes on parle de KV, dans les Vosges et en Alsace on préfère le terme de montée sèche — l’esprit est le même. En pratique, ça fait mal aux jambes et aux poumons. J’ai enchaîné avec une demi-montée derrière. Sans le sac de 20 kg cette fois. Tout de suite plus léger.
Distance GPS : 3,23 km · D+ : env. 300 m · Durée : 30 min
Altitude min : 800 m · Altitude max : 1036 m
Structure : 1 km / 300 m D+ puis 500 m / 150 m D+ (demi-montée sèche)
🎒 Équipement utilisé
Utilisées sur tout le séjour — trail Grouvelin avec le sac de 20 kg et montée sèche Gérardmer. Bon maintien, bonne accroche sur terrain humide et rocheux vosgien. Confortables sur la durée même chargé.
Légère, montage rapide, parfaite pour le bivouac en altitude. Résiste bien au froid vosgien — par contre prévoir un vrai sac de couchage adapté à côté.
Simple, léger, efficace. Eau chaude au réchaud au sommet — ça passe impeccable après 7 km de boucles avec 20 kg. Le ventre plein et la tête au calme — c’est tout ce qu’il faut.
Ce que j’en retiens
Gérardmer, la Bresse, le Markstein — ces terrains vosgiens sont vraiment excellents pour se préparer à des trails exigeants. Le dénivelé est là, la nature est là, l’altitude aussi. Pour quelqu’un qui court au Luxembourg où les sommets restent modestes, une sortie en Alsace avec le sac de bivouac c’est un autre niveau de travail musculaire et mental.
Deux choses à améliorer pour la prochaine fois : un sac de couchage adapté aux températures nocturnes en altitude (4-5°C minimum à prévoir même en été) et mieux calculer la hauteur des arbres pour accrocher la nourriture à l’abri des animaux. La faune alsacienne est plus grande qu’on ne le pense.
Deux nuits pour vider la tête. Mission accomplie. Les jambes ont travaillé, les poumons aussi, et ce truc qui pesait dans la tête avant de partir — il était resté à la frontière.
Infos pratiques bivouac
Au Markstein, vous pouvez dormir sur une aire de bivouac gratuite à 1185 m. Trois plateformes surélevées en bois (3×3 m), toilettes éco-responsables. Feux interdits, réchauds tolérés.
Chaussures avec accroche solide + sac de couchage certifié pour 4-5°C minimum. Les températures chutent rapidement sur les crêtes alsaciennes.
La « montée sèche » : 1 km pour 300 m de D+. Test parfait pour le mental et la puissance, idéal pour simuler un KV alpin en plein cœur des Vosges.
47 ans, traileur luxembourgeois. Parfois je pars en Alsace avec un sac de 20 kg pour me vider la tête. Parfois j’oublie de faire des photos. Toujours j’essaie d’être honnête sur ce qui s’est passé.
Bonne préparation, et à bientôt sur les sentiers 🏔
Seb
— Run Nature